Une certaine idée de la France...
dimanche 7 janvier
Douce France, cher pays de mon enfance… La France, on l’aime par nostalgie. Paris, capitale de l’amour, la goulue, la tour Eiffel, Toulouse-Lautrec, Montmartre, et, of course, les Folies. Les mille fromages, bon vin, bon pain, jolis châteaux et cabarets, champagne : roulez jeunesse ; la France, il y fait bon vivre, comme nous le confirment les hordes d’Anglo-Saxons qui achètent toutes les propriétés de la façade Atlantique. C’est so delicious ce « savoir vivre ». Alanguis sur la French Riviera, ils trouvent la vie idéale au rythme des cafés, des petites conversations improvisées dans les ruelles pavées avec tantôt le boulanger, tantôt le postier, tels des héros de la série qui fait fureur, « Louis la Brocante ». Peter Mayle n’a-t-il pas vendu un nombre historique d’ouvrages sur une idée simple : raconter une année en Provence ? Quand il s’agit de conter par le menu les journées pastis – Cézanne d’un gentleman désœuvré, cultivé et charmeur, so british –, le succès est au rendez-vous. (…)
Mais tout n’est pas rose au royaume du bien-manger et des centenaires. Les touristes américains ne sont pas toujours heureux en France. Le folklore local peut être un désagrément. Par exemple, quand surviennent les grèves stratégiques des départs et des retours : des trains, des métros, des contrôleurs aériens, des éboueurs municipaux, des bagagistes, des postiers, des agents EDF, etc. Heureusement pour eux, les grèves des enseignants, des médecins, des internes, des imprimeurs, les touchent moins. Mais la France serait-elle vraiment la France sans ces merveilleuses journées où le temps s’arrête, suspendu aux lèvres du dialogue social. Miracle de la négociation à la française : on tire d’abord, on discute après. Rassurons-nous, nos amicaux envahisseurs estivaux, d’outre-Atlantique et du pays du Soleil Levant, le savent bien : la France de Charles Trenet ne se lasse pas de ne rien faire comme tout le monde.
Au nom de l’exception française, on emballe pêle-mêle le syndicalisme très radical et le crottin de chèvre bien de chez nous. Comme ces manifestants grimés en Astérix que l’on retrouve dans chaque manifestation, symboliques de l’ultime rempart hexagonal contre la mondialisation débridée. Une certaine idée de la France…
La lutte sociale est dans l’Hexagone, avec la pétanque et le football, le sport national par excellence. On la pratique en famille, de génération(s) en génération(s), entre collègues, entre amis. Les mots d’ordre sont sans surprise, presque une tradition historique : quand la croissance est de retour, il faut « en partager les fruits, faire sauter la cagnotte », quand c’est la crise, il faut « sauver le modèle social ». Les gestes ancestraux ne doivent pas se perdre. Comment sauver, sinon, nos avantages acquis ? Perdre notre douce France, dernière enclave de liberté dans une Europe assiégée par Wall Street et le Nikkei ? Jamais, répond le résistant gaulois, qui condamne en bloc l’économie de marché débridée, les OGM et les menaces de démantèlement du service public. Superman de la nouvelle culture de résistance, José le moustachu est sur tous les fronts. Qu’il nous sauve de la double menace de l’OMC et de Monsanto, entités maléfiques qui prennent leurs ordres directement à la Maison-Blanche. No pasaran, comme disait le « Che », dont les tee-shirts à l’effigie romantique restent un classique indémodable, même si plus aucun historien ne doute de sa violence sanguinaire. Même Fidel Castro en avait peur.
Alors, pour nous protéger, pour sauver la France, il faut que l’État « assume ses responsabilités », comme le rappellent en chœur Nicolas et Ségolène. L’État, en France, est notre bouclier universel, notre grand préservatif gratuit et collectif contre tous les aléas de la vie. Une véritable patte de lapin pour toutes les catastrophes, canicules, et autres menaces qui pèsent sur notre société. Quand nous sommes confrontés à une crise nationale, nos regards anxieux s’élèvent, aiguillés par le journal télévisé de Claire Chazal, vers le ciel de l’intervention publique, de l’intérêt général qu’il va bien falloir défendre. Que font les autorités ? Un journaliste m’expliquait récemment que sa profession souffrait du syndrome « MQFLG » pour « Mais que fait le Gouvernement », angle d’attaque naturel adapté à tous sujets. C’est pourquoi l’État doit dépenser toujours plus pour nous épargner les avanies d’une société où les forts écraseraient les faibles au nom de la loi de la jungle ultra-libérale. Pour nous épargner le sort de l’« autre Europe », cette malpolie fustigée par notre président Jacques le Bon. Il faut dire qu’elle élève en batterie des plombiers polonais dressés pour venir piller notre « modèle social ». Merci Olivier de nous avoir sauvés de cette affreuse directive Bolkestein et protégés ainsi de l’invasion des Huns de la World Company.
Heureusement que l’État est au centre, au cœur de notre société. Dormez tranquilles bonnes gens, votre bonheur est en production à l’usine ministérielle, de nuit comme de jour. Ne vous souciez plus du sens de vos vies, il est en cours de planification.
Extrait du Manifeste des Alter Libéraux, par Edouard Fillias, à paraître le 11 janvier 2007 aux Edition Michalon. Commandez-le dès maintenant chez votre librairie ou en ligne sur Amazon.




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