Et si l’État s’occupait de ses affaires ?
jeudi 11 janvier
Comme un grand nombre de mes compatriotes, j’ai toujours été mal à l’aise face à la contrainte administrative quand elle se fait trop tatillonne, voire indélicate. Guichets, formulaires, files d’attentes, procédures à suivre : je comprends que toute société moderne s’organise avec méthode. Mais qui organise la bureaucratie ? Qui nous organise, nous, citoyens ? Des hommes politiques qui, pour les deux tiers, sont eux-mêmes issus de la machinerie administrative ?
Notre apprentissage de la contrainte administrative est à ce point ancré dans nos mœurs que nous sommes désormais presque tous convaincus que si l’État n’intervient pas pour fixer un cadre (souvent étroit), la « liberté » ne peut pas s’exercer. Sans intervention de la puissance publique, toute liberté n’est que sauvage, débridée : presque insolente. Pour l’administration, la liberté en liberté, c’est dangereux a priori. Alors, principe de précaution oblige, il nous faut plusieurs centaines de milliers de pages de Code du travail pour encadrer notre liberté d’embaucher ou d’être embauché, au nom du droit des employés à se protéger des employeurs. L’État postule a priori que la confiance peut être rompue à tout instant et que les conséquences les plus fâcheuses doivent être anticipées par la réglementation. Il est sage de prévenir le pire, mais n’est-ce pas un peu tue-l’amour ? Cela revient à imposer à tout futur marié de faire appel à un avocat réputé pour verrouiller son contrat de mariage : les sentiments du conjoint ne risquent-ils pas d’en souffrir ? Résultat des courses : les dirigeants de PME, premiers recruteurs de France, hésitent avant de signer le moindre papier, car ils savent que derrière chaque embauche plane l’ombre d’une interminable complication juridique. (…)
L’État est particulièrement agaçant quand il s’entiche de proférer pour notre bien des interdictions des libertés au nom de l’intérêt général, bien entendu. Entendre les arguments de Claude Évin, responsable de la nouvelle loi sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics, donne le frisson. Ce dernier commence systématiquement son argumentaire par « 60 000 morts du tabac en France, 5 000 morts par tabagisme passif ». À l’appui de ses dires, il cite arguments scientifiques, études, etc. Évin affirme qu’il s’agit de « ne pas vouloir polémiquer sur une question de santé publique ». D’emblée, le décor est posé : Claude Évin se bat pour la vie, le débat sur les libertés individuelles est clos. Il présente la situation comme urgente, ne souffrant pas la moindre contradiction : que dire quand on met dans la balance des vies humaines ? Comment un fumeur oserait-il encore défendre sa maigre liberté de tirer une bouffée assassine dans un lieu public après un tel passage à tabac ?
Claude Évin explique ensuite que les interdictions nous permettent de retrouver la santé. Interdire la fumée dans les cafés, restaurants, selon lui, cela fait baisser le nombre de morts. Nous allons « apprendre » à nous auto-discipliner grâce à la réglementation, tels de gentils lemmings aux ordres. En d’autres termes, les gens apprennent à se passer de la cigarette, non pour l’avoir choisi, mais parce qu’on leur l’a interdit.
Mais pourquoi, à la façon des Espagnols, ne pas permettre aux restaurateurs et patrons d’établissements qui le souhaitent de faire de leur établissement un lieu 100 % fumeur, et d’interdire la fumée dans les autres établissements publics ? Libre ensuite aux non-fumeurs de ne plus se rendre dans de tels établissements. Les salariés de ces établissements fumeurs pourraient être protégés spécifiquement (réglementation plus stricte sur les horaires de travail, la ventilation, les primes). Quant au consommateur, il vote avec ses pieds. C’est la tendance générale de notre société : le tabac est de moins en moins populaire. Ce type d’établissement 100 % fumeurs devrait donc petit à petit devenir marginal, réservé à une clientèle spécifique.
Pour lutter sérieusement contre le tabac, on ne peut pas compter sur une puérile interdiction étatique, mais bien sur la responsabilité individuelle des fumeurs face aux dangers de leur consommation. Mon père a arrêté de fumer après avoir entendu un professeur de médecine à la télévision argumenter de façon convaincante, sur des bases scientifiques, des dangers du tabac. Il a été rationnellement, intellectuellement convaincu : c’est un adulte qui a pris une décision, pas un enfant à qui l’on a donné une interdiction pour son bien. Mais non, même sur ce sujet, il fallait que le gouvernement intervienne, sur la pression des lobbies anti-tabac, pour nous protéger contre nous-mêmes. Les Français, même surinformés des dangers de la cigarette, doivent être protégés : c’est la devise de la nouvelle société hygiéniste.
Dans un même registre, trouvez-vous normal qu’une personne majeure consommant un joint à son domicile risque de se retrouver avec un casier judiciaire aux conséquences dramatiques, voire avec une peine de prison ferme ? Et que des milliers de petits malfrats vivent de ce trafic, livrant des produits aux conditions sanitaires douteuses, qui se répandent jusque dans le moindre de nos collèges ? Les Français postulent, pour fonder leur société, qu’ils sont responsables. Alors prenons la liberté de consommer ce qu’il nous plaît, de dire ce que nous voulons, de croire ce qui nous inspire. Assumons collectivement nos responsabilités face aux libertés individuelles, sans vouloir sans cesse en restreindre l’étendue au nom de la sécurité collective ou de l’idée, très dangereuse, qu’il faut parfois savoir faire le bonheur des autres malgré eux.
Notre apprentissage de la contrainte administrative est à ce point ancré dans nos mœurs que nous sommes désormais presque tous convaincus que si l’État n’intervient pas pour fixer un cadre (souvent étroit), la « liberté » ne peut pas s’exercer. Sans intervention de la puissance publique, toute liberté n’est que sauvage, débridée : presque insolente. Pour l’administration, la liberté en liberté, c’est dangereux a priori. Alors, principe de précaution oblige, il nous faut plusieurs centaines de milliers de pages de Code du travail pour encadrer notre liberté d’embaucher ou d’être embauché, au nom du droit des employés à se protéger des employeurs. L’État postule a priori que la confiance peut être rompue à tout instant et que les conséquences les plus fâcheuses doivent être anticipées par la réglementation. Il est sage de prévenir le pire, mais n’est-ce pas un peu tue-l’amour ? Cela revient à imposer à tout futur marié de faire appel à un avocat réputé pour verrouiller son contrat de mariage : les sentiments du conjoint ne risquent-ils pas d’en souffrir ? Résultat des courses : les dirigeants de PME, premiers recruteurs de France, hésitent avant de signer le moindre papier, car ils savent que derrière chaque embauche plane l’ombre d’une interminable complication juridique. (…)
L’État est particulièrement agaçant quand il s’entiche de proférer pour notre bien des interdictions des libertés au nom de l’intérêt général, bien entendu. Entendre les arguments de Claude Évin, responsable de la nouvelle loi sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics, donne le frisson. Ce dernier commence systématiquement son argumentaire par « 60 000 morts du tabac en France, 5 000 morts par tabagisme passif ». À l’appui de ses dires, il cite arguments scientifiques, études, etc. Évin affirme qu’il s’agit de « ne pas vouloir polémiquer sur une question de santé publique ». D’emblée, le décor est posé : Claude Évin se bat pour la vie, le débat sur les libertés individuelles est clos. Il présente la situation comme urgente, ne souffrant pas la moindre contradiction : que dire quand on met dans la balance des vies humaines ? Comment un fumeur oserait-il encore défendre sa maigre liberté de tirer une bouffée assassine dans un lieu public après un tel passage à tabac ?
Claude Évin explique ensuite que les interdictions nous permettent de retrouver la santé. Interdire la fumée dans les cafés, restaurants, selon lui, cela fait baisser le nombre de morts. Nous allons « apprendre » à nous auto-discipliner grâce à la réglementation, tels de gentils lemmings aux ordres. En d’autres termes, les gens apprennent à se passer de la cigarette, non pour l’avoir choisi, mais parce qu’on leur l’a interdit.
Mais pourquoi, à la façon des Espagnols, ne pas permettre aux restaurateurs et patrons d’établissements qui le souhaitent de faire de leur établissement un lieu 100 % fumeur, et d’interdire la fumée dans les autres établissements publics ? Libre ensuite aux non-fumeurs de ne plus se rendre dans de tels établissements. Les salariés de ces établissements fumeurs pourraient être protégés spécifiquement (réglementation plus stricte sur les horaires de travail, la ventilation, les primes). Quant au consommateur, il vote avec ses pieds. C’est la tendance générale de notre société : le tabac est de moins en moins populaire. Ce type d’établissement 100 % fumeurs devrait donc petit à petit devenir marginal, réservé à une clientèle spécifique.
Pour lutter sérieusement contre le tabac, on ne peut pas compter sur une puérile interdiction étatique, mais bien sur la responsabilité individuelle des fumeurs face aux dangers de leur consommation. Mon père a arrêté de fumer après avoir entendu un professeur de médecine à la télévision argumenter de façon convaincante, sur des bases scientifiques, des dangers du tabac. Il a été rationnellement, intellectuellement convaincu : c’est un adulte qui a pris une décision, pas un enfant à qui l’on a donné une interdiction pour son bien. Mais non, même sur ce sujet, il fallait que le gouvernement intervienne, sur la pression des lobbies anti-tabac, pour nous protéger contre nous-mêmes. Les Français, même surinformés des dangers de la cigarette, doivent être protégés : c’est la devise de la nouvelle société hygiéniste.
Dans un même registre, trouvez-vous normal qu’une personne majeure consommant un joint à son domicile risque de se retrouver avec un casier judiciaire aux conséquences dramatiques, voire avec une peine de prison ferme ? Et que des milliers de petits malfrats vivent de ce trafic, livrant des produits aux conditions sanitaires douteuses, qui se répandent jusque dans le moindre de nos collèges ? Les Français postulent, pour fonder leur société, qu’ils sont responsables. Alors prenons la liberté de consommer ce qu’il nous plaît, de dire ce que nous voulons, de croire ce qui nous inspire. Assumons collectivement nos responsabilités face aux libertés individuelles, sans vouloir sans cesse en restreindre l’étendue au nom de la sécurité collective ou de l’idée, très dangereuse, qu’il faut parfois savoir faire le bonheur des autres malgré eux.
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